Deux-Sèvres : le géant Terrena épinglé pour des rejets menaçant l'eau potable
Dans les Deux-Sèvres, l'État met en cause le groupe agroalimentaire Terrena et sa filiale Ovalis. Un rapport judiciaire révèle des rejets illégaux d'eaux non traitées vers la nappe phréatique, faisant peser un risque direct sur les ressources en eau potable du secteur.

Une alerte environnementale majeure secoue le département des Deux-Sèvres en cet automne 2026. Dans un territoire où l'équilibre hydrique demeure particulièrement fragile, les services de l'État pointent du doigt les pratiques du groupe coopératif agroalimentaire Terrena et de sa filiale Ovalis, acteur majeur de la filière avicole et de la production d'œufs industriels en France. Selon les révélations issues d'une expertise judiciaire confidentielle, l'entreprise aurait enfreint ses obligations environnementales pendant près de deux ans, laissant planer la menace d'une contamination directe sur la nappe phréatique locale, réservoir stratégique pour la distribution d'eau potable.
L'affaire, restée jusqu'ici confinée aux prétoires et aux bureaux de la préfecture, met en lumière les tensions croissantes entre les activités agro-industrielles intensives et la sauvegarde des ressources en eau souterraine, dans un contexte hydrogéologique réputé pour son extrême vulnérabilité.
Des odeurs suspectes aux révélations judiciaires: la genèse de l'affaire
Pour retracer l'origine de ce dossier, il faut remonter à la fin de l'été 2024. Dans le sud des Deux-Sèvres, des riverains et exploitants s'alarment d'odeurs nauséabondes persistantes constatées lors de l'arrosage et de l'épandage sur plusieurs parcelles agricoles. Les signalements se multiplient face à ces émanations anormales, déclenchant des premières investigations de voisinage et alertant les autorités de contrôle.
Très rapidement, les regards se tournent vers les installations d'Ovalis, dont le siège administratif et technique est implanté sur la commune de Pamproux. Intégrée au giron de la coopérative Terrena à l'été 2024, Ovalis gère d'importantes infrastructures d'élevage et de conditionnement d'œufs. Face aux doutes grandissants et à la persistance des nuisances, une procédure judiciaire est enclenchée, conduisant à la désignation d'un expert indépendant mandaté pour examiner les circuits d'effluents et les rejets de l'établissement.
En juin 2026, les conclusions provisoires de l'expert judiciaire viennent confirmer les craintes des observateurs les plus vigilants. Le rapport technique met en évidence des manquements graves et répétés: des rejets qualifiés d'« interdits » d'eaux « non traitées » ont été constatés en direction directe du milieu naturel et des couches aquifères. L'expert n'hésite pas à souligner noir sur blanc le risque d'une « potentielle contamination » de l'eau potable distribuée aux populations environnantes.
Un sol karstique ultra-sensible aux infiltrations polluantes
La gravité de la situation ne tient pas seulement à la nature des effluents rejetés, mais surtout à la configuration géologique singulière du secteur de Pamproux et de ses environs. Le sous-sol du sud des Deux-Sèvres est composé de formations calcaires et karstiques, caractérisées par une porosité très élevée et la présence de failles naturelles. Contrairement aux sols argileux ou sableux qui peuvent jouer un rôle de filtre mécanique partiel, les calcaires fissurés fonctionnent comme de véritables gouffres d'absorption: tout liquide rejeté en surface ou à faible profondeur s'infiltre à une vitesse fulgurante vers la nappe phréatique.
Cette perméabilité exceptionnelle rend le réservoir souterrain quasi sans défense face aux pollutions chimiques ou bactériologiques. Lorsqu'une eau non dépolluée pénètre dans ces conduits souterrains, elle se diffuse rapidement sur plusieurs kilomètres carrés sans subir d'épuration naturelle, risquant de contaminer directement les forages et captages exploités pour alimenter les réseaux de distribution d'eau potable des communes riveraines.
Alertés officiellement par le dossier d'expertise en septembre 2026, les services de l'État ont diligenté des contrôles réglementaires complémentaires. La préfecture a d'ores et déjà confirmé l'existence de multiples « non-conformités » au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). L'État reproche ainsi à l'industriel d'avoir manqué à ses obligations de surveillance, d'épuration et de prévention environnementale pendant une période estimée à environ deux années consécutives.
Un passif réglementaire déjà lourd pour le site de Pamproux
Ce n'est pas la première fois que les installations d'Ovalis à Pamproux attirent l'attention des inspecteurs de l'environnement. En effet, le géant de l'œuf industriel traîne un passif sécuritaire et environnemental déjà scruté de près par les pouvoirs publics.
En juillet 2026, la préfecture avait déjà adressé une mise en demeure formelle à la direction d'Ovalis. En cause: une gestion jugée non conforme du stockage et du traitement de ses volumes considérables de fientes de volailles. Dans un élevage de cette dimension, l'accumulation de déjections avicoles génère des réactions chimiques et bactériennes produisant de la chaleur et des gaz inflammables tels que l'ammoniac et le méthane. Faute d'une aération et d'une évacuation rigoureuses, des phénomènes d'échauffement spontané s'étaient déclarés sur le site, provoquant des départs de feu et nécessitant des interventions d'urgence des sapeurs-pompiers pour éviter un sinistre d'ampleur industrielle.
Si les incendies de fientes représentaient un risque immédiat et visible pour la sécurité publique et la qualité de l'air, la gestion de l'eau s'avère un défi plus insidieux. Le lavage des poulaillers industriels, les écoulements sur les zones de stockage des déjections et la manipulation des sous-produits animaux génèrent des eaux de nettoyage fortement chargées en matières organiques, en phosphore, en nitrates, en détergents et en agents pathogènes. Le fait que de telles eaux résiduaires aient pu être évacuées sans passage obligatoire par une station de traitement conforme constitue une infraction lourde aux règles d'exploitation.
Une ressource en eau soumise à une pression inédite en 2026
Cette alerte de pollution intervient au pire moment pour la gestion de l'eau dans le département et, plus largement, sur l'ensemble du territoire national. Les Deux-Sèvres affrontent depuis plusieurs années des défis hydriques particulièrement complexes, mêlant conflits d'usage pour l'irrigation, assèchement précoce des cours d'eau en période estivale et pollutions diffuses persistantes.
Sur le plan qualitatif, plusieurs territoires des Deux-Sèvres sont déjà confrontés à des restrictions d'usage et à des dérogations sanitaires en raison d'une présence excessive de métabolites de pesticides, notamment des résidus de fongicides agricoles dépassant les normes sanitaires et touchant des dizaines de milliers d'habitants. L'ajout d'une pollution ponctuelle d'origine industrielle sur une ressource déjà fragilisée réduit encore la marge de manœuvre des gestionnaires de réseau.
Sur le plan quantitatif, l'année 2026 s'inscrit dans un contexte national de vulnérabilité extrême. Malgré des précipitations hivernales régulières, les chaleurs précoces, l'évapotranspiration record et la baisse constante du niveau piézométrique ont placé les réseaux d'eau potable sous une tension sans précédent. Au cœur du mois d'octobre 2026, le ministère de la Transition écologique recensait encore près de 1,5 million d'habitants français concernés par une unité de distribution soumise à un risque de pénurie ou en situation de rupture effective. Dans une telle conjoncture, chaque point de captage devient vital, et la mise hors service potentielle d'un forage pour cause de contamination accidentelle ou illicite représente une menace directe pour la continuité du service public.
Quelles suites judiciaires et administratives pour Terrena?
Face aux manquements constatés, les services préfectoraux doivent désormais statuer sur les sanctions administratives applicables au groupe agroalimentaire. Parmi les mesures à disposition figurent des astreintes financières journalières, l'obligation immédiate de réaliser des travaux de réhabilitation des réseaux de collecte d'eaux usées, voire la suspension temporaire des activités les plus polluantes si les garanties sanitaires ne sont pas apportées dans les délais impartis.
Sur le volet judiciaire, la divulgation du rapport d'expertise pourrait ouvrir la voie à des poursuites pénales pour atteinte aux milieux aquatiques et mise en danger d'autrui. Les associations de défense de l'environnement locales et les collectifs d'usagers de l'eau suivent le dossier avec une attention redoublée, n'excluant pas de se porter parties civiles si des poursuites sont formellement engagées par le parquet.
Pour la coopérative Terrena, l'enjeu est également réputationnel. Alors que les géants de l'agroalimentaire multiplient les engagements publics en faveur de la responsabilité sociétale des entreprises et de la préservation de la biodiversité, la révélation de rejets illégaux dans une nappe phréatique vulnérable vient écorner durablement la communication du groupe. À Pamproux, les analyses de contrôle sur les eaux souterraines et les réseaux d'adduction se poursuivent pour évaluer l'étendue exacte des impacts et garantir qu'aucune eau impropre à la consommation n'atteigne le robinet des usagers.
Sources
Article rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir de sources publiques, et publié par la rédaction d'InfoEau.fr.
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